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  Faits Chronologiques
Catégorie : L'Histoire
Ajouté le : 31/05/2009 14:17
Auteur : Doroteo
Lectures : 3294
Note : Non évalué

Les faits exposés ci-dessous, parfois très précis et détaillés, sont issus des différents documents (carnets personnels et rapports) en ma possession.

Toute personne ayant connaissance de ces faits ou d'autres, non connus à ce jour, et, susceptibles d'apporter des éléments est encouragée à nous contacter afin que nous puissions parfaire ce chapitre.

Le Fort s'étant rendu le 27 Août 1914, tous les documents, le langage conventionnel et le drapeau ont été brûlés à 15h45 dans l'abri n°16 juste avant la reddition.

Mardi 28 juillet 1914

16h00 Des militaires en grande tenue sont sur le chemin de la gare de LANEUVEVILLE AUX BOIS pour partir en permission. Le Capitaine SCHMITT arrivant à leur rencontre leur explique que les permissions sont annulées et que tout le monde doit rentrer au Fort.

Mercredi 29 juillet 1914

16h00 Arrivée en voiture du Colonel FETTER du 6°RAP qui vient inspecter les soldats de la 8ème Batterie. Le Capitaine PION fait mettre la Batterie au garde à vous, donne le commandement au Lieutenant GERARD et s'avance vers la voiture pilotée par le chauffeur COLBOC. Le Colonel FETTER passe en revue la Batterie et commence un discours revigorant expliquant que la France compte sur l'implication et le courage des artilleurs.

Jeudi 30 juillet 1914

Un troupeau de 12 vaches est réquisitionné à MANONVILLER par le Sergent MARCHAL et monté au fort pendant que les chevaux sont réaffectés à Lunéville.
A chaque heure dès la nuit tombée, des patrouilles partent pour s'assurer du calme aux environs du Fort. L'ordre est donné de détruire les maisons d'Officiers, les écuries et d'abattre un bosquet d'arbres afin de ne pas laisser subsister d'ouvrages à l'extérieur du Fort.

Vendredi 31 juillet 1914

A 3h00 du matin, L'adjudant VALLEE de la 9ème Cie passe dans les casernements de paix de la caserne KLEBER pour réveiller tout le monde. Il est donné l'ordre de déménager le casernement de paix et de s'installer dans les casemates de guerre renforcées du Fort. Le Commandant ROCOLLE va passer sa première nuit au Fort.

Arrivée de la plupart des cadres administratifs (Génie et Corps médical) et de quelques Officiers et Sous-Officiers du 153eRI de TOUL mutés au 167e RI pour affectation en fortification - MANONVILLER)

Le médecin SERVET était déjà en poste avec 4 infirmiers de garnison.
Les cadres d'actives sont sur place depuis plusieurs jours avec les conscrits.
La mobilisation dans les places fortifiées à déjà eu lieu quelques jours auparavant - info journal de marche du 167eRI (pas de date précise)

Des Officiers et Sous-Officiers réservistes ainsi que les Médecins BLUSSON (Maire de BENAMENIL) et VIAL (Médecin militaire à l'hopital Sédillot) viennent d'être convoqués à MARAINVILLER sur réquisition du Commandant du Fort (Gouverneur ou Commandant d'Armes) Ils seront dirigés vers le Fort à l'issue du regroupement. Le médecin BLUSSON arrivé en voiture, aura l'autorisation de l'abriter dans le Fort. Elle sera entreposée près de l'usine électrique, en bout de gaine G2.

Durant toute la journée, des voitures vont livrer 61.000 litres de pétrole en bidons, arrivés par 4 wagons en gare de Laneuveville Aux Bois et nécessaires au fonctionnement de l'usine électrique.

A 18h00, le Commandant ROCOLLE demande d'aller chercher le Caporal Clairon et les trompettes qui sont sur les parapets pour aller jouer de la musique devant le mess des Officiers (à moitié démoli). La garnison se rend sur les superstructures pour écouter l'aubade. Le troisième morceau à peine fini, arrive une voiture à vive allure. En descend un Lieutenant de Hussard qui se dirige vers la maison des Officiers. Le Commandant, les Capitaines et les Lieutenants l'accueillent avec beaucoup de congratulations. Il est porteur d'un courrier. Peu de temps après, les Officiers sortent du mess et distribuent quelques bouteilles de bière aux musiciens. Le Lieutenant COMPERE vient trinquer avec quelques-uns et dit "jouez nous la Marseillaise, car c'est peut être la dernière fois que nous buvons ensemble, car dès maintenant nous attendons les Prussiens".
Le Commandant ROCOLLE ordonna à tout le monde de regagner l'intérieur de l'ouvrage. Une fois dans le couloir devant les casemates, le Lieutenant COMPERE fera un petit discours qui sera acclamé, car les artilleurs apprécient particulièrement cet Officier.

Samedi 1 août 1914

La garnison est au complet en fin d'après midi
Le service médical composé des 3 médecins et des 8 infirmiers visite le fort afin d'établir un plan de transport pour les blessés à venir. Le groupe a ensuite visité les passages sous fossés afin de se rendre dans les coffres de contre-escarpe. Il à même constaté qu'une galerie de contre mine était poussée à 200m vers LANEUVEVILLE AUX BOIS.

Les bureaux du Génie sont démolis et brûlés (afin de ne pas laisser subsister de constructions devant le Fort pouvant servir d'abri aux Prussiens.

Le Commandant ROCOLLE affecte la 9ème Cie du Capitaine SCHMITT aux parapets face à MONDON et la 10ème Cie du Capitaine PARROD aux parapets face à PARROY.

Dimanche 2 août 1914

Les soldats sont occupés à dégraisser les armes qui viennent d'être distribuées et se familiarisent avec celles-ci en présence de leurs instructeurs.
En plus du champs de tir extérieur situé à 10mm au Nord-Est de la fortification, un champs de tir intérieur est aménagé dans le talus situé entre la tourelle Gatling et l'abri 19 (poste optique). Le pas de tir devant se situer aux abords de la tourelle Galopin B, la distance de tir était d'environ 70 mètres. Les deux champs de tirs ont été utilisés environ trois semaines.
Les artilleurs, en parapet, préparent leurs canons et réalisent des tirs à blanc. Certains parlaient de détruire la gare d'AVRICOURT, mais le Commandant ROCOLLE a défendu aux soldats qui étaient sur les parapets d'y rester plus longtemps, par sécurité.

Un Adjudant du Génie et quelques hommes partent pour MARAINVILLER afin de creuser des mines pour préparer le dynamitage du pont de la voie ferrée (Les travaux dureront jusqu'au 18 Août).

Quelques réservistes prennent leurs équipements et partent pour TOUL

Deux ouvriers serruriers sont encore au fort pour la journée afin de terminer le montage des lits des casemates de guerre ainsi que la mise en place des sièges des deux cloches observatoires nouveau modèle.
Le sergent Angele PIETRA (Réserviste, fils du cafetier PIETRA de MARAINVILLER) est arrivé ce matin même avec sa voiture Schneider HP ET commence son service de vaguemestre entre le Fort et LUNEVILLE en alternance avec le soldat THIROUARD de la 10ème Cie qui est par ailleurs le conducteur du break ambulance.

Message télégraphié à TOUL pour accuser réception de la livraison de 61 mille litres de pétrole et de 1200 kg d'huile Shamrock pour l'usine électrique.

A la tombée de la nuit, une patrouille d'infanterie est dépêchée au Nord-Est du Fort afin de fouiller à la baïonnette des gerbes de blé dressées dans un champ proche.

Lundi 3 août 1914

Des patrouilles allemandes sont aperçues du côté d'YGNEY. 5 tirs seront effectués dans leur direction. (pas de précision sur le résultat)

En fin d'après midi, un biplan allemand passe à haute altitude au dessus du FORT, nous apprenons qu'il à lâché 6 bombes sur LUNEVILLE. Un hangar d'aéro et la poste seront touchés. La voiture de liaison conduite par le Sergent PIETRA échappe de justesse au tir sur la poste. Suite à ce fait, tout sera tenté pour mettre en affut quelques mitrailleuses en grand angle, mais aucun dispositif fiable n'est trouvé.

Des douaniers du poste de REMONCOURT arrivent au Fort pour y trouver refuge. Des patrouilles de uhlans en territoire Français les ont menacé. Les uhlans occupent LEINTREY.

Le 17e et 20e Bataillons de chasseurs à pied sont aperçus au Nord-Est du Fort.

De TOUL, un télégramme nous met en garde contre une possible attaque au petit jour le lendemain. La surveillance est donc renforcée dans la deuxième partie de la nuit. Les projecteurs à éclipse de 90 ainsi que les projecteurs mobiles de 30 fonctionneront toute la nuit et balayeront la campagne environnante.

Mardi 4 août 1914

Le sergent PIETRA de retour de sa mission "courrier" de LUNEVILLE racontera les dégâts occasionnés par les 6 bombes lâchées d'avion la veille sur la ville.

Le Commandant ROCOLLE nous informe que la déclaration de guerre a eu lieu.

Mercredi 5 août 1914

Entretien des armes, cours d'instruction sur le tir, nettoyage des armes pour tous.
Un avion Allemand survole le Fort à haute altitude. Nous nous dissimulons rapidement afin de na pas être observés.
Des informations arrivent du village précisant que les Allemands ont saccagé le bureau des douanes de JOEUF-HOMECOURT et ont investi TRIEUX.
Un Sous-Officier Français blessé a été exécuté à BLAMONT.

Jeudi 6 août 1914

A 9h00, un aéronef Allemand passe à faible altitude au dessus du Fort. Deux mitrailleuses sont mises en batterie sommaire et tirent sans résultat.

Le 2ème Bataillon de Chasseurs à Pied qui cantonne à LANEUVEVILLE AUX BOIS après un repli depuis VIC, prend contact avec le Fort afin de demander une surveillance du Sud de la forêt de PARROY avec la tourelle projecteur Nord.

A 18h00 passe un avion allemand. L'adjudant VALLEE présent à l'abri n°7 tire à la mitrailleuse 300 cartouches, en vain l'appareil est trop loin.

En soirée une information précise que les Allemands sont à VAUCOURT.

Vendredi 7 août 1914

Les Allemands occupent IGNEY

5 avions de l'escadrille de NANCY vont survoler le Fort et vont pousser une reconnaissance à la frontière, au dessus du 99ème d'Infanterie Allemand.
En soirée, une fusillade éclate autour du Fort.

Samedi 8 août 1914

A 1h00 du matin, le Caporal CARTEAU Chef de pièce de mitrailleuse entend des bruits provenant d'un drachen (dirigeable allemand) Une mitrailleuse est mise en batterie, mais au moment de tirer, le Commandant ROCOLLE identifie in extrémis un dirigeable français. Toul prévient en effet qu'un dirigeable français piloté par l'adjudant VINCENT va survoler le Fort. Il était moins une !
Entretien des armes, cours d'instruction sur le tir, nettoyage des armes pour tous.
On entend de la canonnade du côté de BLAMONT.

Dimanche 9 août 1914

On a compté 16 allemands en train de creuser des tranchées sur la côte d'IGNEY. On les a observé en cachette avec des lunettes. Quelques coups de canon ont été tirés vers leur position.

Deux sections partent en reconnaissance à "l'arbre double" du champs de tir.

L'ordre est donné de couper l'herbe dans les réseaux afin d'augmenter la visibilité.

On aperçoit au loin derrière AVRICOURT (hors de portée) d'importants mouvements de cavalerie Allemande.

A SAINT MARTIN, on apprend qu'un combat de cavalerie se prépare. Pour le moment on ne voit rien des observatoires. Le Fort fait envoyer une patrouille d'observation à proximité. Au moment du combat, la tourelle Mougin Sud prendra part au feu et les observateurs constateront le bon résultat des tirs de la Mougin.

COLMAR et MULHOUSE sont retombées aux mains des Français.

Lundi 10 août 1914


A 11 heures, un avions français survole le Fort. La consigne est de se cacher immédiatement aux abris afin de ne pas de faire repérer. Ayant reconnu un aéronef français, le Caporal CARTEAU reste hors de son abri pour l'observer. L'Adjudant-Chef MARIAGE se précipite l'arme au poing sur CARTEAU pour l'intimider et lui faire comprendre qu'il ne faut pas braver le danger.

Quelques coups de canon sont tirés dans l'après midi de la Mougin Sud sur les abords d'OGEVILLER et des 2 canons de 155 en parapet sur HABLAINVILLE, brisant net une tentative d'offensive Nord-Ouest.
Le REMABOIS fera l'objet de tirs à partir de la Galopin A avec obus allongés chargés à la mélinite. Les résultats sont à la hauteurs des attentes.

En soirée, le Fort est en liaison avec la 1ère Compagnie du 2ème bataillon de Chasseurs à pieds établie en lisière Sud de la forêt de PARROY. Durant la nuit, le Fort éclairera les abords d'EMBERMENIL afin de déceler la présence éventuelle d'ennemis.

Mardi 11 août 1914

A 8h00 du matin, un Officier et 5 dragons arrivent au Fort pour l'informer que la gare d'EMBERMENIL est occupé par les Allemands.

Vers 10 heures, la tourelle Galopin A canonnera à plusieurs reprises et en limite de portée des cavaliers et des fantassins observés au Signal de XOUSSE. L'emploi de 155 à shrapnels sera du meilleur effet et permettra le repli de la 2ème Cie du 2ème BCP.
Le Bataillon de Chasseurs tentera de reprendre le village de VAUCOURT aux mains de 2000 Allemands. en Vain.
La garnison du Fort constate impuissante (portée des canon de 7500 mètres) que les Allemands sont en train d'incendier les villages Français frontaliers de VAUCOURT à BADONVILLER. Ces incendies vont durer 3 jours et 3 nuits.
A 15h30, la Mougin Nord mettra en fuite une batterie Allemande visible au-dessus d'EMBERMENIL.
A 16h35, la Mougin Sud tirera sur AUTREPIERRE

Mercredi 12 août 1914

Tôt en matinée, tirs à grande distance des tourelles de 155 sur un régiment de cavalerie (uhlans) en mouvement aux abords du signal de XOUSSE. Sur renseignements d'éléments du 2ème bataillon de Chasseurs engagé à VAUCOURT-LAGARDE, le régiment Allemand a été fortement éprouvé et n'a pas pu passer la forêt de PARROY.
Des bruits courent que le Maire de VAUCOURT a été fusillé.

Plusieurs batteries Allemandes sont observées sur les hauteurs de la ferme de la Prise. Elles seront détruites sans ménagement.

Le Sergent Raoul AMY, chef de poste, passe le pont levis pour reconnaitre le retour d'une patrouille. Il sort sans arme et ne ferme pas la grille intérieure. Le Commandant ROCOLLE menace de le faire fusiller ??? Le Capitaine SCHMITT s'y opposera. (On peut penser à une manoeuvre pédagogique). Une demande de cassation du grade est envoyée à TOUL.

Jeudi 13 août 1914

Quelques coups de canon ont été tirés sur des objectifs peu importants.
Des obus s'abattent comme de la grêle sur la forêt de PARROY.

Vendredi 14 août 1914

Compte tenu du calme relatif autour du Fort, Le Commandant ROCOLLE décide d'aérer sa garnison après deux semaines de confinement total. En effet, conformément au plan de défense, la garnison devait rester totalement invisible. Des patrouilles de reconnaissance seront effectuées dans les environs à partir du lendemain.
Une dépêche est lue au rapport de 13h00. Les armées Françaises passent à l'offensive sur l'ensemble de la ligne de front.
Le 16ème Corps venant du midi déborde le Fort par les prairies de BENAMENIL et LANEUVEVILLE AUX BOIS.
En milieu d'après-midi, le 80°RI en provenance de REHAINVILLER se présentera au fort afin d'effectuer un complément de munitions.
On observe aux jumelles les Allemands qui se fortifient dans des tranchées sur la route d'IGNEY. Un coup de canon est tiré.

Samedi 15 août 1914

On entend en fin de matinée des combats furtifs vers BLAMONT.

Vers midi, les deux tourelles Est et Sud détruisent plusieurs batteries Allemandes installées sur la côte de SAINT MARTIN à La PERELE.

Vers 14h00, nouveaux tirs des tourelles derrière LEINTREY, sur les AMIENBOIS où des pelotons de cavaliers ont été aperçus.

A 15h00 deux coups de canon sont tirés sur une position Allemande en déroute, poursuivie par des soldats Français. Le Commandant ROCOLLE fait monter la troupe sur le Fort et dit "Voyez comme ils montent brillamment sur SARREBOURG"

Les trains de NANCY qui s'arrêtaient à LUNEVILLE, ont repris du service vers AVRICOURT. On voit passer des bateaux et du matériel du Génie sur des trains de marchandises en préparation d'un franchissement du RHIN.

Quelques trains de la Croix Rouge et des autobus chargés de ravitaillement passent d'Ouest en Est de chaque côté du Fort.

Dimanche 16 août 1914

Le Général DUBAIL est venu au Fort pour observer à partir des observatoires cuirassés. Peu de temps après, il est reparti en automobile.

La 10e compagnie du 167e accompagnée par une section de la 8ème Batterie quitte à pieds le fort pour effectuer plusieurs patrouilles à pieds à EMBERMENIL - LEINTREY - VEHO - CIREY SUR VEZOUZE. Durant la patrouille sur LEINTREY les français visitent des tranchées allemandes abandonnées. Au retour par le REMABOIS, les artilleurs constateront l'efficacité des tirs de 155. le bois est sans dessus dessous, les arbres sont arrachés, couchés enchevêtrés. La ligne d'abris d'avant poste français occupée par les allemands a été pulvérisée, il ne reste que des pans et des dalles éventrées.
Dans le REMABOIS il y a un petit étang. ils n'ont pas réussi à retirer le corps d'un soldat des dragons. Plusieurs armes seront ramassées.
Un habitant de LEINTREY racontera au Capitaine PION comment les Allemands ont emmené le Maire du village avec les yeux bandés. Personne ne sait ce qu'il est devenu.
Les paysans de LEINTREY ont du enterrer ces derniers jours plusieurs cyclistes Allemands fauchés par les obus de 155 à shrapnels. tirés du forts le 15 Août.

Les patrouilles croisent les 15ème et 16ème régiments d'infanterie qui montent à la frontière.

Lundi 17 août 1914

Une dépêche annonce le bombardement de PONT A MOUSSON.
Sortie de la 9e compagnie et d'une section d'Artillerie pour effectuer une patrouille dans la forêt de PARROY en direction de VAUCOURT. Le village tombé aux mains de l'ennemis le 11 Août nous livre un triste spectacle. C'est ici que nous prendront vraiment la mesure des atrocités de la guerre. Les maisons sont brûlées ou détruites. Les animaux ont été carbonisés dans les étables. Des volailles jonchent les rues. Il ne reste que 2 maisons debout et une vieille femme raconte aux soldats les atrocités perpétrées le 12 Aout par les Allemands qui ont pillé le village maison par maison et ont incendié tout ce qu'ils pouvaient, même si il y avait des personnes à l'intérieur. Le Maire a été fusillé ainsi que le marchand de vin (bien connu des soldats du Fort) dont le commerce était au poteau de la frontière. En quittant VAUCOURT pour le Fort, des dizaines de tombes françaises et Allemandes se suivent de chaque côté de la route. certaines ont des croix, d'autres sont signalées par une baïonnette coiffée d'un képi français ou d'un casque à pointe. Sur le bord de la route, le détachement trouvera des canons de 77 Allemands, des paniers à obus, des vêtements de uhlans. Le détachement croisera le 173ème RI flanqué de Chasseurs Alpins qui se dirigent sur AVRICOURT. Le détachement rapportera une lance et un panier de uhlan (cavalier allemand) trouvés dans le village et arrivera au Fort à 18h20.


Mardi 18 août 1914

Les observateurs remarquent durant cette journée du 18 août , que des troupeaux de bétail de ravitaillement et des chariots reviennent du front et prennent la direction de Lunéville. Le Commandant ROCOLLE explique qu'il n'est pas toujours possible de prendre l'offensive et que les troupes Françaises se replient pour maintenir leurs positions.

Mercredi 19 août 1914

Les convois de ravitaillement ne cessent de refluer sur la route de LANEUVEVILLE AUX BOIS durant toute cette journée. On ne voit pas pour le moment d'unités combattantes battre en retraite. On entend au loin des tirs d'artillerie de petit calibre.
Une patrouille sera envoyée vers AVRICOURT.

Jeudi 20 août 1914

Au petit matin, les observateurs nous alertent que de toutes parts, des régiments à pieds, des cavaliers et des véhicules refluent à toute vitesse sur les routes du nord en provenance de MOUACOURT. Dans l'après midi, sous un soleil de plomb, on voit passer dans les champs de petits groupes à pieds. On entend des coups de canon de gros calibre qui ont l'air de provenir d'une vingtaine de kilomètres dans la direction de CHÂTEAU SALINS. Le 80°RI de NARBONNE fait une pause en milieu d'après midi en contre-bas du fort avant de reprendre la route pour BAYON en vu de s'y fortifier. Un fantassin du 342° RI blessé à la jambe et exténué, viendra aux grilles du Fort demander secours en fin d'après midi. Il restera au fort et sera par la suite prisonnier en Allemagne avec la garnison du Fort.

Vendredi 21 août 1914

Le repli des troupes Françaises n'a pas cessé. Apparemment les Allemands les attendaient dans le secteur de MORHANGE en nombre. Les 15e, 16e et 20e Corps se replient. Dans la matinée un Etat Major Allemand se hasarde aux abords de MOUACOURT, une douzaine de coups de canon l'ont anéanti.

Un Officier du Génie (plus tard affecté à la CHAPELOTTE) signalera l'existence d'un embranchement de voie ferrée au Nord de DEUTSCH-AVRICOURT dont l'utilisation n'est pas connue et qui n'a hélas pas été détruit. (Il s'agit en fait des 2 épis mis en place entre le 2 et le 16 Août permettant d'accueillir les deux obusiers de 420 en provenance de Landau)

On apprend par télégraphie que les Allemands sont dans les faubourgs de LUNEVILLE

Samedi 22 août 1914

Une division de cavalerie bivouaque à proximité du Fort. L'un des Officier vient au Fort aux renseignements. Il ne restera pas longtemps afin de ne pas être isolé de ses troupes.
Tôt dans la matinée (avant l'aube) un Zeppelin est aperçu se dirigeant vers le Nord-Ouest. Il est hors de portée de l'artillerie du Fort. On apprendra plus tard qu'il a été détruit par l'Armée Française en regagnant ses lignes à BADONVILLER. (Des morceaux sont exposés aux invalides).

En fin de matinée, trois divisions de cavalerie se retrouvent à proximité du Fort.

Les Allemands sont prudents, on n'en voit guère. ils se déplacent vers LUNEVILLE et NANCY en empruntant la lisière Nord de la forêt de PARROY et la lisière Sud de la forêt de MONDON.

Les observateurs rendent compte qu'ils aperçoivent des feux d'artillerie au Nord de LUNEVILLE. De fortes averses s'abattent sur le secteur.

A 13h00 Nous apercevons un régiment de uhlans qui vient de la forêt de PARROY au nord d'EMBERMENIL . On a tiré une vingtaine de coups des grosses tourelles. Le Commandant ROCOLLE nous a crié d'arrêter car il croyait que c'était un de nos régiment de Dragons. Les Officiers lui ont fait remarquer que c'étaient bien des uhlans. On a recommencer à tirer. Il y a eu beaucoup de victimes, car la formation était serrée et toutes les tourelles ont tiré en même temps.

En début d'après midi, deux tourelles font feu simultanément sur une batterie Allemande de 210 observée à SAINT-MARTIN

Vers 14h00, la 2ème division de cavalerie quitte la zone Sud du Fort pour se rendre à CRION.

A15h00, la liaison télégraphique et téléphonique est coupée avec la poste de MARAINVILLER. Les Allemands sont arrivés en force à CROISMARE et commencent à tirer sur MARAINVILLER. Le bureau de poste vient de fermer en raison de l'approche imminente d'éléments Allemands. Les hommes du Génie commandée par le Lieutenant Camille VINCENT-VIRY qui attendent toujours l'ordre de dynamiter le pont repartent vers TOUL, tandis que le Lieutenant et l'Adjudant prennent la direction du Fort de MANONVILLER sans le faire sauter, n'ayant pas reçu d'ordre en ce sens..

Vers 16h00 nous apprenons par le télégraphiste que les Allemands s'approchent de LUNEVILLE. Le bureau civil de garnison prévient le Fort que le personnel va quitter le bureau et qu'il va être évacué à BAYON.
A peine la phrase terminée, il y eu un violent contact puis on n'obtint plus rien, malgré 10 bonnes minutes d'essais Au moyen d'une boussole, les télégraphistes de LUNEVILLE constatent que la ligne aérienne est à la terre. Un obus est tombé au champs de mars et à coupé la ligne.
La communication souterraine vers le Fort Saint Michel de TOUL fonctionne toujours.

A 18h30, le Fort de MANONVILLER demande à TOUL la conduite à tenir quant à la destruction du pont de MARAINVILLER, compte tenu du fait que l'élément du Génie n'est plus sur place.
TOUL répond : DETRUISEZ VIADUC MARAINVILLER.

Dimanche 23 août 1914

A 8h50 Le télégraphiste du fort envoie à TOUL : EXTREME URGENCE - PRIERE FAIRE SAVOIR S IL Y A ENCORE TROUPE AMIE RIVE DROITE VEZOUZE DIRECTION CROISMARE

A 9h25 Réponse de TOUL : PLUS DE TROUPE AMIE SUR VEZOUZE EN AVAL MARAINVILLER - FAITES DETRUIRE AU BESOIN PAR CANONS PONT MARAINVILLER

En matinée le Lieutenant Camille VINCENT-VIRY part avec quelques hommes du Génie et un chariot bourré d'explosif afin de faire sauter la voie de chemin de fer à la halte de LANEUVEVILLE AUX BOIS. 54m de voies seront totalement détruites sur 2,50 m de profondeur.

Le Génie reçoit l'ordre de terminer de démonter les constructions qui existent aux abords directs du Fort (Ecuries, Bureau du génie, anciennes maisons des Officiers) et de terminer le déboisement des acacias plantés pour la fourniture de bois servant à divers travaux dont les blindages de baies et les étaiements des galeries de contre mine.

Un régiment Bavarois descend les côtes de BENAMENIL en provenance de CIREY. A l'origine ce régiment se rendait au nord de BLÂMONT. Comme il y a eu un très gros orage, il change de chemin et se dirige vers la VEZOUZE et s'approche du Fort. Il a été démoli par les tourelles.

Vers 11h00, les grosses tourelles (Mougin) tirent 2 coups de 155mm chacune sur une batterie de campagne installée aux abords d'EMBERMENIL.

A 12h25 Le télégraphiste du fort envoie à TOUL : DEMOLITION VIADUC MARAINVILLER DIFFICILE PAR CANONS - EXIGE GRAND NOMBRE MUNITIONS. ATTENDONS LA NUIT POUR ESSAYER DE METTRE EN OEUVRE LE DISPOSITIF DE MINE. AI FAIT METTRE PAR GENIE DU FORT RUPTURE 54 METRES DE VOIE DOUBLE A 250 METRES A L EST DE LA HALTE DE LANEUVEVILLE DANS REMBLAIS TRES ABATTU PAR LE FORT - BRECHE DE 20 METRES DE LONGUEUR - 2 METRES DE PROFONDEUR - 3 LONGUEURS DE VOIE DOUBLE COMPLETEMENT HORS SERVICE

Un peu plus tard, le Capitaine PION fait mettre les tourelles en manoeuvre sur deux batteries de campagne Allemandes de 77 venues s'aventurer tout près du Fort. Mais le Commandant ROCOLLE tire dessus au fusil. Les Allemands sont remontés à cheval et ont filé en laissant les canons sur places. Ceux-ci seront détruits par les tourelles.

En fin d'après-midi, un poste est mis en place sur la crête des vignes qui domine MANONVILLER et la vallée de la VEZOUZE. les sentinelles sont à peine en place que deux uhlans s'aventurent dans MANONVILLER. et montent vers le Fort. Les sentinelles ouvrent le feu mais les manquent. Les gardes postés devant les grilles du Fort tirent à leur tour et les deux chevaux sont abattus. Les cavaliers ont réussi à s'enfuir à pieds en grimpant le HAUT DORMANT à l'Est de MANONVILLER, abandonnant armes et bagages.
La tourelle BR de 57 aperçoit à son tour les fuyards et envoie une salve (2 coups) mais les manque. leur heure n'était pas arrivée conclura le Capitaine PION.

A 19h15 Le télégraphiste du fort envoie à TOUL : A PART MANONVILLER LANEUVEVILLE ET BENAMENIL TOUS VILLAGES ENVIRONNANTS SONT OCCUPES PAR ENNEMIS. A 19 HEURES INFILTRATION VERS LE SUD PAR COULOIR AMENONCOURT GONDREXON. AVONS TIRE SUR DIFFERENTS GROUPES CAVALERIE QUI EVITENT FORT. A 18 HEURES BIPLAN ALLEMAND A FAIT VISIBLEMENT RECONNAISSANCE DU FORT. ABATTU A COUP DE FUSIL 2 CHEVAUX 7 EME DRAGON - CAVALIERS ECHAPPES - HARNACHEMENT - EFFETS ET LINGE NEUF

Le médecin VIAL (médecin militaire d'active) quitte le Fort de MANONVILLER pour prendre un poste où on aura besoin de lui.

A 19h55 Le télégraphiste du fort envoie à TOUL : TIRE QUELQUES SALVES SUR INFANTERIE ENNEMIE POUR PROTEGER MOUVEMENT REPLI 8 EME ET 16 EME CORPS SUR FORET DE MONDON. LE 23 TIRE SUR CONVOI ENNEMI SORTANT DE CROISMARE ET SUR 5 PELOTONS CAVALERIE ENNEMIS

En effet, le 97 ème RI (allemand) qui quittait CROISMARE en direction de MARAINVILLER dû rebrousser chemin après avoir essuyé de sérieuses pertes .(sources allemandes)

Vers 21h00 le Commandant ROCOLLE fait rappeler les postes extérieurs pour les mettre à l'abri. Le Fort est officiellement encerclé.

Lundi 24 août 1914

A 8h30 Le télégraphiste du fort envoie à TOUL : INVESTISSEMENT COMPLET - INFANTERIE ENNEMIE ARRIVEE LA NUIT A BENAMENIL. PATROUILLES UHLANS DANS MANONVILLER - VIOLENTE CANONNADES DEPUIS L AURORE DIRECTION MONTIGNY.

A 9h25 Le télégraphiste du fort envoie à TOUL : OPERATION PRIORITE - J APPRENDS PAR HABITANTS QUE THIEBAUMENIL MARAINVILLER AURAIENT ETE EVACUE CETTE NUIT PAR L ENNEMI SE RETIRANT VERS LE NORD. FERAI VERIFIE. TOUJOURS VIOLENTE CANONNADE MONTIGNY.

En milieu de journée, une voiture allemande de ravitaillement est aperçue sur la route descendant de la forêt de PARROY vers LANEUVEVILLE AUX BOIS. Une salve de 57 la mettra hors d'usage.

A 15h00 un aéroplane à fait deux fois le tour du fort pour probablement faire des photos.

A 21h30 Le télégraphiste du fort envoie à TOUL : SIGNAUX DE PONT SAINT VINCENT NON VUS. LE 24 TIRE QUELQUES COUPS DE CANONS SUR INFANTERIE ENNEMIE ET RECONNAISSANCES CAVALERIE

La 4ème section de la 10ème Cie d'infanterie descend en fin de journée vers la forêt de MONDON. Après avoir traversé le village et au moment où la section arrive sur le pont de la VEZOUZE, un peloton de uhlans arrive vers eux. Il est 22 heures. Le combat est vif. Un Sous Officier allemand et 2 lanciers (uhlans) du 1er Bavarois tomberont. Côté français, le Sergent BEAUMONT est blessé au pied, un soldat est légèrement blessé à la jambe et le soldat Henri BETAILLE sera mortellement blessé au torse. Il aura le temps de murmurer "suis fier de mourir pour la France" Ses camarades le porteront chez les BASTIEN. Les deux blessés passeront la nuit chez les JULIEN et seront soignés le lendemain matin au Fort.

A 22h00 Le télégraphiste du fort envoie à TOUL : FORET DE MONDON OCCUPEE PAR ENNEMI. DANS RECONNAISSANCE AVONS TUES SOUS OFFICIER ET 2 SOLDATS 1 ER BAVAROIS 2 EME DIVISION RESERVE 12 EME REGIMENT RESERVE. UN DE NOS SOLDAT A ETE TUE. DANS RECONNAISSANCE OU UN SOUS OFFICIER ET 2 SOLDATS BAVAROIS ONT ETE TUES - AVONS PERDU SOLDAT BETAILLE - 10 EME COMPAGNIE. MORT EN DISANT - SUIS FIER MOURIR POUR LA FRANCE.

En soirée, du Fort, les soldats aperçoivent des incendies sur GERBEVILLER.

Durant toute cette époque, l'instituteur de LEINTREY (Monsieur GRANDCLAUDE) téléphonait au Fort ou venait régulièrement rencontrer des patouilles Françaises pour les renseigner sur les activités Allemandes qu'il avait vu ou entendu dire. Ses renseignements étaient très utiles pour les artilleurs du Fort qui ont pu tirer à maintes reprises sur des objectifs qui n'étaient pas visibles depuis les observatoires.

Mardi 25 août 1914

A minuit, arrivent à pieds aux grilles du Fort, sept cavaliers du 11ème Hussard de TARASCON. Ils sont les seuls rescapés de leur peloton qui à été anéanti dans la forêt de MONDON suite a un mauvais renseignement sur la position de l'ennemi.

A 0h05 Le télégraphiste du fort envoie à TOUL : LIEUTENANT SICARD - MARECHAL DES LOGIS GUICHARD - UN BRIGADIER ET QUATRE CAVALIERS 11 EME HUSSARD SEULS ECHAPPES D'UN PELOTON DE RECONNAISSANCE CERNE DANS LA FORËT DE MONDON SONT RECUEILLIS AU FORT A MINUIT. N'ONT PLUS DE MONTURES. PRIERE VOULOIR AVERTIR GENERAL 6 EME DIVISION CAVALERIE QUI ETAIT CE MATIN A MAGNIERES

nota : selon d'autres sources, le Maréchal des Logis GUICHARD serait en fait un Aspirant. (Il deviendra Colonel et participera aux cérémonies du cinquantenaire du Fort en 1964)

A 5h00 l'artilleur André LUCY est envoyé avec des camarades pour nettoyer les pièces de la Mougin Sud.

A 6h00 précise, un Adjudant réserviste (Originaire de Lunéville) et l'artilleur NOSBORNE se préparent pour aller mettre des croix sur des tombes du 2ème BCP au Nord du Fort. La mission sera annulée au dernier moment. On voit des incendies à GERBEVILLER, ROZELIEURES et LUNEVILLE.

A 6h45, ne pouvant tirer des tourelles dont l'angle de hausse ne peut excéder 22 degrés, l'ordre est donné de sortir deux pièces de 80 en parapet pour détruire un ballon captif qui stationne depuis plus d'une heure au dessus de DONJEVIN. Quatre obus sont tirés en direction du ballon qui disparait endommagé derrière un bois.

A 8h45 Le télégraphiste du fort envoie à TOUL : OPERATION PRIORITE - DE 5 A 7 HEURES UN BALLON CAPTIF GENRE DRACHEN SANS OBSERVATEUR EST APPARU AU DESSUS DE CHAZELLES 6 KILOMETRES SUD EST DU FORT. SALVES DE 80 L'ON FAIT DISPARAITRE

Tout à coup , un avion allemand surgit et lâche 2 fusées rouges sur le Fort. Est-ce le prémisse d'une action allemande ? la réponse ne sera pas longue à venir, car 10 minutes plus tard...

A 9h30 du matin, le Lieutenant CLAUDEL accompagné de 3 autres Officiers qui observaient depuis très tôt un ballon captif Allemand , tressaute au vacarme d'une violente explosion en contre-bas, précédée d'un sifflement aigu . Le premier obus vient de tomber sur le Fort en frappant un pilier du bâtiment F (Ancien casernement du temps de paix), en frôlant le signal géodésique . Surpris il se jette au sol et se blesse profondément le genoux.
L'artilleur BECKER se trouve à ce moment là sur la petite place, devant le séchoir en face de l'abri 13. Il ne se fait pas prier pour se mettre à l'abri. Il voit le Commandant ROCOLLE foncer vers le poste télégraphique.

Monsieur FIXARI vient d'arriver au Fort (entrepreneur civil de nettoyage des égouts et des latrines). Il restera au Fort pendant le bombardement. Cet obus tue le cheval de Monsieur DIVOUX (Entrepreneur civil des vidanges du Fort, absent ce matin là) qui était dans la cour intérieure à proximité du pilier touché. Plusieurs hommes en train de nettoyer leur fusil, non loin de là dans cette même cour intérieure se précipitent à l'abri.
Une trentaine de culasses sont abandonnées sur un banc.

A 9h40 Le télégraphiste du fort envoie à TOUL : BOMBARDEMENT DU FORT A COMMENCE A 9 HEURES 30
Une réponse arrivera quelques minutes plus tard de TOUL : RIEN A FAIRE, LAISSEZ BOMBARDER.

Le sergent CHAMBON, de garde reçois l'ordre de sortir pour aller chercher les sentinelles qui se trouvent à la périphérie du Fort. Ne pouvant rentrer compte tenu de la pluie d'obus qui tombe, le groupe se couche le long des grilles et durant une bonne heure assiste de l'extérieur au déluge. Il sera compté plus de 325 explosions durant cette heure d'angoisse.

La popote des Officiers aménagée dans les casernements de paix est transférée dans l'Atelier fer.

A 10h15, une marmite de 210 tirée par un obusier de la batterie de BURIVILLE vient percer le passage sous fossé de la gaine n°3 (Sud). Le Génie ferme la brèche à l'aide de madriers et de sacs de terre. Le travail est rendu périlleux par la chute d'obus dans la zone sud du Fort.

Une commission composée d'Officiers d'artillerie analyse quelques fragments récupérés à la hâte dans les fossés afin d'identifier les projectiles reçus.

On construit à la hâte un observatoire en rail et sacs de terre au-dessus du casernement de paix afin de mieux voir d'où tirent les batteries Allemandes

A 11h50 Le télégraphiste du fort envoie à TOUL : IL SEMBLE QU'ON NOUS BOMBARDE AVEC DES MORTIERS DE 210

Un poste de 8 hommes accompagné du caporal BLANCHET est fixé aux sources, en contrebas du Fort à 400m. Les neuf hommes affectés à l'entretien des sources et à la maintenance des moteurs de relevage (pour l'alimentation en eau du Fort) attendent jusqu'à 10h00. Le Caporal BLANCHET décida de gagner le village de MANONVILLER en rasant le sol. Le Caporal se présenta chez le Maire (Monsieur STURM) et lui demanda de lui faire un papier pour le Commandant. Les neuf soldats se rendirent à l'auberge pour déjeuner, mais personne ne voulut les servir. Le groupe se rabattit chez le Maire qui consentit à donner à chacun un morceau de pain et de la saucisse.

Pendant ce temps, au Fort, les 12 vaches sont rentrées à l'abri et parquées entre la cuisine et la boulangerie.

Vers midi, la gaine circulaire du front de tête subit un effondrement qui ne permet plus de passer d'un côté à l'autre. Il faudra faire le tour par le couloir du bâtiment B

L'ordre est donné de renforcer les sorties sur les extérieurs à l'aide de rails de voie ferrée , coulissant dans des rainures et à l'aide de sacs de terre et de matelas. Les sapeurs du Génie creusaient dans la gaine sous crête pour remplir les sacs de terre (Il y en a eu 10.600 de mis en place ce jour là). Toutes les ouvertures sur les cours intérieures sont blindées avec les rails. Il a fallu plusieurs heures aux hommes du Génie pour pratiquer les entailles dans le béton pour faire coulisser les rails.

Peu avant 13h00, un obus pénètre dans les casernements de paix et vient frapper une batterie d'accumulateurs pour l'éclairage des casernes non renforcées. Un nuage de vapeur chlorhydrique se répandit à l'arrière du bâtiment F et neutralisa le secteur pendant près d'une heure.

Jusqu'à 13h00, le groupe de maintenance des sources restera caché dans le grenier. Le Maire les informe alors que des Allemands sont dans le village. Le caporal donne l'ordre d'effectuer une patrouille à travers le village. Aucun Allemand ne sera vu. Certains veulent gagner la forêt de Mondon. Le Caporal BLANCHET prend la décision de remonter au Fort. Alors que le groupe remonte vers le Fort par la crête des vignes, quelques coups de feu claquent dans leur direction. Le groupe riposte sur des cyclistes Allemands. Une nuée d'obus de 77 est tirée contre eux, mais ils arrivent in extrémis aux grilles du Fort. A ce moment précis, un obus frappe un angle de la grille. Ils empruntent le réseau qui est déjà partiellement détruit et arrivent devant le pont levis qui est relevé. Le Commandant alerté fait baisser le pont et les reçoit avec joie et les félicite pour leur périple.

A 13h00 un obus de 210 mm tiré de la batterie de SAINT-MARTIN tombe sur la tourelle Mougin Sud. L'explosion a enlevé une plaque de l'entourage de la tourelle. Celle-ci ne pourra pas être remise en parfait état mais elle fonctionnera jusqu'à la fin. Une chaine d'entrainement de l'autre tourelle Mougin (la Nord) a eu une avarie. La tourelle Nord sera remise en état et pourra tirer jusqu'à 15h00 du dernier jour, mais coup par coup.

La tourelle Galopin A n°5 est à son tour frappée par un obus de gros calibre. On observe un percement de la taille d'une main dans la structure bétonnée sur laquelle repose la tourelle.

Six Officiers discutaient dans la casemate 17 du bâtiment B, quand un obus de petit calibre, probablement du 77, est tombé dans la cheminée du fourneau. Ce dernier à traversé la pièce en défonçant la porte en chêne pour venir s'écraser contre le mur du couloir Les Officiers sont sortis, ils étaient tous noir de suie . Le lieutenant MULLER avait ses jumelles autour du cou, défoncées par un éclat de fourneau, il n'y a heureusement eu aucun blessé.

Le bombardement Allemand va démolir la pompe du puits à eau n°3 dans le bâtiment C. Cela n'aura pas d'incidence car le Fort possède de grandes citernes.

Les 10 mitrailleuses qui se trouvaient en parapet sont bombardées et disparaissent sous des monticules de terre. Il fallu plusieurs heures pour en récupérer 6 en fonctionnement. 2 n'ont jamais été retrouvées. Les 2 canons de 80 qui avaient permis de détruire le drachen le matin même sont saufs.

Plus tard, un obus de 210 mm tiré de la batterie de BURIVILLE est venu frapper la porte d'entrée. Il y avait beaucoup d'hommes, dirigés par le Lieutenant FORRAT, affairés à poser des sacs de terre devant la porte pour la protéger. Nombreux sont les blessés. Le soldat Eugène FELTZ était blessé à la tête et au torse. Il est dans le comma et est emmené à l'ambulance 21. Le Lieutenant FORRAT, le Maréchal des Logis Paul SCHNEIDER blessé au torse et à la cuisse droite par la projection de la serrure, et le soldat BIZET qui avait le crâne ouvert, étaient grièvement blessés.

A 13h50 Le télégraphiste du fort envoie à TOUL : BOMBARDEMENT INTENSE CONTINUE SANS ARRET. TOURELLE SUD ET DESCENTE SOUS FOSSE SAILLANT 4 SONT EVENTREES - MORAL EXCELLENT.

Le médecin Lieutenant BLUSSON fait équiper le local pour malades contagieux situé sur l'accès à la tourelle Galopin B n°2, en local d'oxygénation. Il demande à ce que les 4 Forestiers du Génie y soient affectés en tant qu'infirmiers auxiliaires.

A 14h30, après de nombreux contrôles télégraphiques fructueux avec la garnison de TOUL avec la vérification du correspondant par codage, plus rien. Le câble télégraphique qui relie le Fort aux places de LUNEVILLE et TOUL est coupé à THIEBAUMENIL par les Allemands (on apprendra plus tard, que la buse de tirage était connue des Allemands avant guerre, car l'entreprise qui avait tiré cette ligne employait un ouvrier Allemand qui est devenu soldat à la déclaration de guerre).

A 14h35 Le télégraphiste rend compte que la ligne vers TOUL ne fonctionne plus.

Un train est passé sur la voie ferrée en dessous du Fort, au Nord. Le Commandant n'a pas voulu que les tourelles le détruisent car on ne savait pas ce qu'il transportait.

A mesure que les obus pleuvaient, le Fort s'est progressivement enveloppé dans une fumée noire de plus en plus épaisse. Cette fumée toxique contenant du monoxyde de carbone et du gaz de mélinite, va créer une véritable barrière visuelle jusqu'à la fin.

Dans l'après midi, un obus est venu percer la porte de l'abri 17 et à fait sauter comme une mitrailleuse les 2200 obus de 57 et de 80 qui s'y trouvaient. L'obus Allemand en fin de course à du raser le dessus du fort pour arriver là. Lors de la visite d'enquête en 1915, la commissions trouvera nombre de caisses encore intactes dans le fond de l'abri.

A 18h00, Le télégraphiste reçoit un appel nettement plus puissant que d'habitude " ICI TOUL - ETAT - DONNEZ VOS TELEGRAPHES POUR MANONVILLER.
Le télégraphiste du Fort répond : POURQUOI ETES VOUS SUR FIL MANONVILLER - QUELLES GARANTIES ME DONNEZ VOUS.
Après plusieurs insistances allemandes (intrusion), la lignes a été définitivement coupée mis à part quelques signaux sans significations.

Les Allemands vont tenter également une intrusion vers TOUL, mais la supercherie est éventée, les opérateurs de part et d'autre ne se reconnaissant pas à la voix. La demande des mots de passe confirmera la tentation d'intrusion.

Des vaches sont mortes et l'odeur dégagée ajoutait de la difficulté à respirer. Les latrines situées près de l'usine électriques ont été abîmées et il y a une forte odeur de désinfectant qui se mêle au reste.

Quand les obus s'abattaient sur le Fort, les occupants entendaient un sifflement trois secondes avant l'éclatement. Il arrivait jusqu'à 6 projectiles à la fois. Il en a été compté 157 en une demi-heure.

En soirée, les servants de la tourelle projecteur n°2 (HENIN et BECKER) doivent sortir à l'extérieur pour ôter une grosse quantité de terre qui se trouve sur le cuirassement. Le poids de la terre empêche les manoeuvres de la tourelle. L'opération est délicate, car les Allemands sont tout près des fossés et tirent à vue. Les deux soldats ont du dégager la terre à la main en restant couchés. Les Allemands tireront quelques coup de feu dans la direction des deux hommes sans les atteindre. Quelques minutes plus tard, un éclair est aperçu dans les lignes allemandes, les 2 artilleurs n'ont que 20 secondes pour se mettre à l'abri avant que l'obus n'arrive sur son objectif. En effet à peine les deux hommes dans les escaliers de l'abri 13, un obus vient frapper près du cuirassement, remettant de la terre sur la tourelle. Qu'importe, la tourelle fonctionne à nouveau et le Sous-Lieutenant OCTOBON demande aux servants d'éclairer la batterie 120 située à 150 m du Fort à l'Est. Aussitôt les mitrailleuses du Fort entrèrent en action sur des fantassins Allemands aperçus tapis près des fossés.

Dans la nuit, un obus de 210 va démolir la cheminée de la cuisine (casemate 13 du bâtiment A) on ne pourra plus y faire la préparation des repas jusqu'à la fin. Il y avait 1,20 de terre sur les fourneaux et tous les conduits étaient effondrés. On fait transférer les conserves dans la cuisine. Les soldats sont condamnés au singe...


Mercredi 26 août 1914

Pendant les bombardements, les soldats devaient rester dans leur chambre dont l'air était moins pollué que dans les gaines de circulation. Tous les infirmiers se sont installés dans la casemate 18 qui servait à l'origine de paneterie pas très loin du local 24 dans lequel couche le Médecin BLUSSON.

En matinée, deux pièces d'artillerie Allemandes de 305mm viennent d'entrer en action.

Le Sergent infirmier DEMOYEN, et L'infirmier RICHARD mettent en cercueil, devant la Boulangerie, le soldat FELTZ qui vient de mourir de ses blessures. Ils le transportent d'abord dans les fossé, contre le murs de contrescarpe et l'enterrent. Quelques heures plus tard, constatant que les obus de 210 s'abattent aux abords du pont levis, le Commandant ROCOLLE donne l'ordre d'exhumer le cercueil et de le faire transporter dans une galerie de contre-mine du saillant n°2. Le trajet dans les fossés semble interminable. Le Sergent DEMOYEN explique que le coffre du saillant n°2 est très abîmé. Il vient de recevoir un chapelet d'obus de gros calibre. Des hommes allaient et venaient avec des bidons d'eau pour éteindre des poutres qui brûlaient. Les canons étaient toujours en place mais il y avait une odeur âcre qui prenait la gorge.

Plusieurs tentatives sont faites pour envoyer des messages à TOUL avec les pigeons, mais ils ne peuvent et ne veulent quitter le pigeonnier, tant l'atmosphère est acre et sombre.

2 pigeons sont lâchés de TOUL en direction de MANONVILLER. Seul le mâle, ne pouvant approcher du Fort reviendra à son pigeonnier le 28 Aout. La femelle a été perdue.

Environ 220 soldats ont été asphyxiés ce jour là. Ils étaient soignés pendant une demi-heure ou une heure. Il fallait les flageller et leur faire la respiration artificielle. Un nommé FISCHER est resté 3 heures à l'infirmerie, les infirmiers ont eu beaucoup de mal à le réanimer. Heureusement, il y avait les tubes à oxygène que le Médecin BLUSSON avait réquisitionnés au poste optique, pour remettre les asphyxiés sur pieds. Quand dans certains endroits l'air était irrespirable et plein de fumées, on appelait un infirmier qui lâchait un peu d'oxygène pour rendre l'air respirable.

C'est dans les tourelles et dans les observatoires que c'était le plus pénible. Les hommes tombaient comme des mouches. Le Sous-Lieutenant OCTOBON est même dégringolé évanoui de sa tourelle Mougin. Une fois retapés, on leur remettait un fusil dans les mains et ils repartaient à leur poste, car un assaut allemand était plus que jamais envisageable.

Un obus à traversé l'abri n°1 et à fait exploser 800 obus de 155 qui y étaient stockés. Il ne reste rien de l'abri, tout l'étage a été soufflé.

En début de nuit, l'intensité du feu se réduit. A minuit précise, durant une demi heure, de lourdes salves s'abattent sur le Fort.

Jeudi 27 août 1914

A 4 heures du matin le bombardement s'arrête.
Le Capitaine SCHMITT fait monter les hommes aux parapets, car le risque d'un assaut allemand est prévisible. On entend des tirs dans la forêt de Mondon.
Les tourelles sont chargées avec des obus de shrapnels. Tout le monde attend sur les parapets.

Il est 5 heures du matin, le bombardement reprend de plus belle, tout le monde redescend à l'abri.

Les deux Grosses Bertha du Major SOLF, sur voie ferrée en batterie à AVRICOURT viennent d'entrer en action. Cette batterie tirera au total 159 obus de 980 kg en moins de 10 heures (dont 2 non explosés).

A 6h30, Un obus frappe l'abri n°2. les obus de 57 qui y sont entreposés éclatent les uns après les autres. Les dégâts sont mineurs.

A 8h00 du matin, les allemands enferment les villageois de MANONVILLER dans l'église afin d'interdire de transit d'informations vers le Fort. Des Officiers Allemands sont dans le clocher et observent le Fort à l'aide de lunettes. Un Officier Allemand dit au Maire de MANONVILLER, M STURM : Si on tire sur nos soldats vous serez fusillé.

Pendant le bombardement du matin, des obus sont tombés sur les passages sous fossé et on ne peut plus apporter à manger aux fantassins qui sont dans les coffres. Le passage sud est totalement éventré et inondé. Le passage Nord qui était écopé à l'aide d'une pompe à bras est lui aussi effondré. Il nous faudra passer à découvert dans les fossés.

Le Fort riposte en tirant sur le poste "de l'arbre double" et sur deux sections d'infanterie qui s'approchent. Un peu plus tard, les 155 prennent pour cible la ferme de GRANSEILLE ou des éléments de cavalerie sont aperçus, hélas hors de portée. Le REMABOIS va être copieusement arrosé ainsi que les AMIENBOIS et les abords de XOUSSE qui sont maintenant des objectifs parfaitement connus et habituels.

Dans le secteur de la tourelle Galopin A n°5, du couloir du bêtiment B et de la Gaine n°5, l'air est totalement vicié. Il y aura une trentaine d'asphyxies graves.

A 11h30, un obus de 420 (Grosse Bertha) tombe sur la casemate n°15 du bâtiment B. Il y avait des hommes qui déjeunaient. Le soldat Maximilien VILLETTE est enseveli dans les décombres. Quelques autres arrivent à se dégager. 2 autres sont blessés grièvement.

A midi, la joie envahit la garnison, les observateurs observent des batteries de 75 de campagne Françaises en action à l'orée de la forêt de MONDON. Les batteries s'enfoncent dans la forêt, puis c'est le silence, plus rien. L'euphorie retombe

A 13h30, plusieurs abris du front de tête sont éventrés. les fantassins refluent se mettre à l'abri dans le bâtiment A.

A 14h30, un obus de 420 vient s'écraser au dessus de la gaine n°11. Le poste de commandement est percé. Plusieurs hommes venus aider le Médecin BLUSSON à installer sa table d'opération devant le PC seront blessés dont 3 très grièvement par un ménisque de voute de 1,20 de diamètre et de 20 cm d'épaisseur qui vient de s'effondrer. Le médecin BLUSSON échappe de justesse à la mort, il a été protégé par un linge plié sous son képi. Un bloc le frappe, l'étourdissant seulement.

15h10 : La tourelle Mougin Nord n°4 est hors service.
On apprend maintenant que seule la tourelle Mougin Sud est partiellement utilisable malgré le voussoir endommagé. Les deux tourelles Galopin sont bloquées. Pour l'une d'elles, un obus est venu se coincer entre la cuvette tournante et le bord inférieur sur lequel elle vient se poser.

A 15h30, le Conseil de Guerre se réunit près d'une demi heure, pour prendre la décision de faire une sortie. La nouvelle se propage à toute la garnison très enthousiaste. D'après de nombreux témoignage, la joie est forte.

Rapport sic : En un clin d'oeil tout le monde est prêt, chacun remplit sa musette de cartouches, les Officiers s'habituent à prononcer quelques commandements en allemand pour donner le change au besoin. Nous sommes désappointés quand on nous dit qu'il faut attendre la tombée de la nuit. Il nous faudra atteindre la forêt de PARROY infestée de boches et là, à la grâce de dieu.

A 15h35, pendant le Conseil de Guerre, le Sergent Louis SCHNEIDER reçoit l'ordre de saboter l'usine électrique. Alors qu'il transporte des pièces de l'un des 3 générateurs, il est blessé près de la porte du poste optique (Abri 19).

A 15h45, le Commandant ROCOLLE donne l'ordre de saboter les mécanismes de toutes les tourelles et attend le retour d'information avant d'appeler le Capitaine SCHMITT. La décision est prise de brûler le drapeau, le langage ainsi que le cahier d'évènements dans l'abri n° 16.
Le vin et toutes les boules de son sont distribués aux soldats.

A 15h50, le bruit court qu'on ne fait plus de sortie. Un observateur qui était sorti par le passage sous-pont-levis et avait gravi les marches de long de la contrescarpe et qui s'était retrouvé au milieu du ravelin informe le Conseil de Guerre qui est en cours, que les allemands sont installés face au fort avec de nombreuses mitrailleuses et une batterie d'artillerie, mais qu'ils ne lui ont pas tiré dessus. Il explique aux Officiers réunis dans le local PC que les Allemands, en très grand nombre, sont tapis sur les contreforts du ravelin, à 30 m du pont levis. Il est évident que personne ne sortira vivant de cette tentative de sortie.

A 15h55, le Capitaine SCHMITT nous annonce dans la gaine, devant les cuisines, de sa voix forte sic : "Devant l'imminence de l'effondrement de notre boite de carton, le Conseil de Guerre, guidé par l'humanité, à décidé de hisser le drapeau blanc".
Il adresse au nom du Commandant un respectueux salut aux trois morts (BETAILLE - FELTZ - VILLETTE), réconforte les blessés et rend hommage au sang-froid et à la merveilleuse discipline de toute la garnison. Il ajoute que le fort se rendra avec les honneurs de la guerre et au son de la Marseillaise.

A 16h00, deux hommes accompagnés par le Capitaine SCHMITT se dirigent vers la casemate n° 17 pour hisser le drapeau blanc par le trou de la cheminée d'aération qui a été pulvérisée. Il est 16h15 quand le drapeau est visible de l'extérieur. Un obus éclate à quelque mètres de l'observatoire n°3 et les éclats blessent sans gravité les 2 sapeurs qui viennent de fixer le drapeau. Le bombardement va durer encore quelques minutes et puis, c'est le silence.

A 16h20, un parlementaire approche du pont levis. Une conversation à très haute voix s'engage de part et d'autre du fossé :
Le Capitaine SCHMITT lance : "Nous demandons les honneurs de la guerre, nous ne nous rendront qu'à cette condition".

"Vous êtes des braves, je vous le promets "répond l'Officier parlementaire.

A 16 heures 30, les allemands surgissent de toutes parts. Leur nombre est impressionnant. Plusieurs Officiers dont le Général RITTER VON BRUG et des pionniers du Génie ont investi le Fort en quelques minutes. Le Général n'en revient pas quand il apprend que le bombardement n'a fait que 2 tués et 15 blessés graves.
Devant le faible nombre de victimes, deux médecins Allemands demandent au Sergent Infirmier DEMOYEN pourquoi la garnison s'est rendue, tant la structure semblait avoir résistée. Des officiers Allemands disent qu'on aurait pu sortir le Mercredi 26, que l'investissement n'était pas complet et qu'il nous était possible de gagner la forêt de Mondon.

Pistolet au poing, quelques Officiers Allemands accompagnés du Commandant ROCOLLE et de deux autres Officiers font la visite du Fort. Les ventilations et l'électricité fonctionnaient parfaitement sauf rue du rempart (Gaine sous parapet / gaine de crête) dans laquelle on avait mis des bougies tout le long. Les allemands ont demandé que les hommes se tiennent dans leur chambre avec les culasses de leur arme ouverte et mettent les munitions en tas dans les couloirs, bien en vue.

Les pionniers réparent le pont levis et il est demandé à ce que les hommes de la garnison viennent déposer leur arme au poste de police puis retournent dans leurs casemates. Les Allemands forment une double haie dans la gaine principale pendant le dépôt des armes puis ils s'empressent à déménager tout ce qui leur plait. Les vivres disparaissent en un instant.

Dès 16h30, les pionniers Allemands ont commencé à démolir le réseau de fil de fer qui ceinture l'Ouvrage.

A 18h00, Les Allemands rendent les honneurs militaires et déclarent que les Français sont des braves. Dans un silence absolu, la garnison Française, sous escorte, quitte à pieds le Fort de MANONVILLER en direction de LANEUVEVILLE AU BOIS pour embarquer dans un train spécial vers la BAVIERE, au camp de LECHFELD. Les Officiers, les Majors et infirmiers ainsi que les blessés sont retenus au Fort jusqu'au lendemain après-midi. Les infirmiers seront démobilisés et repartiront dans leurs foyers après avoir accompagné les blessés à CONSTANCE. Plus tard, les prisonniers de LECHFELD seront répartis dans plusieurs camps de la région, notamment LANDSHUT.

Le Commandant ROCOLLE, dans la chambre 26, en compagnie d'un Commandant Prussien (Major REUSS), donne un billet (?) à Monsieur FIXARI qui est accompagné de Louis BASTIEN (Ouvrier civil du Fort) On peut penser maintenant (après avoir compulsé les rapports) que le billet était en destination du Médecin BLUSSON qui devait donner 2 brassards d'infirmier afin que M. FIXARI et M. BASTIEN puissent quitter le Fort à la barbes des Allemands avec cependant la complicité du Major REUSS. Il est possible aussi que le billet fut adressé au soldat du télégraphe pour lâcher les pigeons afin que les Allemands ne s'en servent pas pour envoyer à TOUL un faux message.
En effet, les pigeons furent lâchés quelques minutes plus tard. TOUL n'en n'a récupéré que neuf et ce, entre le 31 Aout et le 6 septembre 1914. Les autres ont été abattus au fusil de chasse par les Allemands postés le long des fossés et qui devaient se douter de quelque chose.

Vendredi 28 août 1914

Le Major SOLF passe dans les casemates. il s'adresse à l'infirmier Louis FERNAND et lui demande son impression sur les bombardements (pas de précisions données sur l'impression). Le Major Allemand expliquera que les canons ont déversé 17.000 obus au total (dont 159 obus de 42 cm Dicke Bertha) et qu'il ne restait que 3500 obus de petit calibre à tirer. Ensuite, ils seraient passés à l'assaut, avec 300 tonneaux de poudre, au petit matin si le Fort ne s'était pas rendu.

A 13h30, les Officiers et les Majors (Sergents-Majors), quittent le fort pour les casernements de paix à l'entrée du village de MANONVILLER.

Les 15 blessés graves (on voit la cervelle de 2 d'entre eux) sont descendus de nuit au nouveau casernement du temps de paix (Avant le cimetière qui se trouve à l'entrée du village de MANONVILLER) par les infirmiers et les deux médecins, sous escorte allemande. Parmi les blessés, il y avait 2 Lieutenants de réserve (l'un d'AVRICOURT, l'autre d'OGEVILLER), le Sergent Paul SCHNEIDER et d'autres hommes.

Samedi 29 août 1914

Les Infirmiers et les blessés qui cantonnent dans les nouveaux casernements de paix, à l'entrée du village, vont entendre 5 ou 6 explosions au cours de la journée.

Le Commandant ROCOLLE encore présent dans les nouveaux casernements de paix, à l'entrée du village dit à Mme BIENFAIT (l'épouse de l'adjudant de batterie) de rassurer les familles des militaires de la région partis en captivité, qu'il y avait eu peu de morts et qu'ils n'étaient pas de la région. Le Commandant ROCOLLE sera déporté en Allemagne dans un camp d'Officiers.

Dimanche 30 août 1914

Les blessés préparent leurs affaires, ils vont partir à BLÂMONT en voiture puis vers STRASBOURG puis CONSTANCE en Allemagne, par le train. Les 2 médecins (BLUSSON et SERVET) et les 8 infirmiers vont les accompagner. Les automobiles des entrepreneurs qui travaillaient au Fort sont réquisitionnées pour la circonstance. Notamment : Victor MICHEL et GUENNAIRE de LUNEVILLE.
A 15h30, les Allemands font mettre les 25 hommes à l'abri, puis il y a une explosion terrible au Fort. On aperçoit des débris en hauteur qui retombent très loin, puis un gros nuage noir qui va recouvrir le Fort pendant 3 bonnes minutes. Les Allemands viennent de faire sauter les coffres de contre-escarpe.
Le cortège s'est mis en route. 2 hommes blessés gravement sont descendus des voitures à BLAMONT. l'un deux voulait faire son testament (Paul SCHNEIDER ? ).
Un des hommes qui avait été blessé à la porte d'entrée et qui était dans le coma s'est réveillé et s'est remis à marcher. il avait le cerveau à nu.
Les blessés et leurs accompagnateurs montent dans un train en gare de BLAMONT.

Le Médecin BLUSSON expliquera que pendant le trajet vers l'Allemagne (j'en déduis en voiture jusqu'à BLAMONT puisqu'ensuite le cortège prenait le train pour STRASBOURG) ils se trouvaient en arrière de l'armée Allemande. Il n'y avait sur les routes que des convois de véhicules de réquisition.
Le voyage des blessés et de leurs accompagnateurs à duré deux jours et deux nuits en passant par STRASBOURG APPENWILLER OFFENBOURG et enfin CONSTANCE. Le Médecin BLUSSON se retrouve avec le Lieutenant CLAUDEL.
Cinq jours plus tard, tous les personnels de santé ont été libérés et raccompagnés à BERNES en SUISSE.

Lundi 31 août 1914

Monsieur GUENAIRE Territorial à TOUL est venu au Fort (Convoqué pas les Allemands pour travailler). Il aperçoit les fusils et les munitions en tas, au bord des fossés, à proximité des anciennes habitations des Officiers du Fort. Des ouvriers emballent des munitions, des fusils et une dizaine de mitrailleuses. Les mitrailleuses qui étaient en parapet étaient hors d'usage. Dans les restes du bureau du Génie (bâtiment situé en dehors des fossés devant l'entrée du Fort), les Allemands faisaient ouvrir puis refermer des caisses. On ne pouvait pas passer dans le couloir du Bâtiment A en face de la manutention, car il y avait des planches et des échelles. Seule la casemate 15 du bâtiment B était percée, on voyait le jour. Dans les tourelles, il y avait des obus partout. En montant dans la tourelle Galopin B , Monsieur GUENAIRE constate que les deux canons de 155 étaient cassés au droit du point d'appui sur l'affût. Quand les ouvriers partaient entre 10h00 et 13h00 chez eux, on entendait des explosions chaque jour. Les allemands faisaient sauter un jour une chose et un autre jour une autre. Un peu avant le départ des Allemands (Le mercredi 9 septembre 1914), ils ont donné aux ouvriers de la farine et des caisses pour le village.

Mardi 1er septembre 1914

Monsieur DIVOUX (entrepreneur des vidanges au Fort) est convoqué au Fort par les allemands pour enterrer son cheval (tué par l'un des premier obus tombé sur le fort). Les Allemands lui ont fait la visite des lieux. Il a observé que les Allemands accompagnés par des ouvriers civils du Fort rassemblaient les fusils et les cartouches devant les anciennes maisons des officiers. Ils emmenaient les bidons de pétrole les vivres et la farine en tonneaux. Il remarque aussi, durant sa visite, que les bidons de pétrole étaient remisés dans les abris 9 et 16. Entre l'abri 16 et la tourelle sud, il y avait un magasin d'artillerie. Près de l'abri 5, il y avait également un magasin d'artillerie. Dehors, à côté de l'abri 5, il y avait la cantine dont le toit avait été démonté avant le bombardement. Puis, il y a eu plusieurs explosions, Monsieur DIVOUX a été emmené dehors, puis est parti.

Samedi 5 septembre 1914

A 5h00 du matin, les allemands confisquent des automobiles à THIEBAUMENIL et les emmènent vers le front.

Un Officier Prussien demande à Monsieur LHOMME (ancien surveillant civil au Fort) d'y monter avec 2 chevaux. Monsieur LHOMME constate qu'il y avait beaucoup d'Allemands sur place et que le pont levis est praticable (cette information est démentie par Monsieur FIXARI qui dit que les grilles sont présentent, mais couchées pour la plupart et que le pont levis avait des madriers cassés et qu'il fallait prendre garde) Thèse retenue, car les infirmiers ont précisé qu'il fallait faire attention en empruntant le pont levis qui avait été rafistolé par les pionniers Allemands. L'automobile du médecin BLUSSON a disparu (Le Médecin BLUSSON précisera que son véhicule a été pris par les allemands le soir de la reddition et qu'il n'a pas eu de bon de réquisition . Les Officiers Allemands étaient installés dans la casemate 20 du bâtiment A pendant toute l'occupation.

Pendant ce temps, les Médecins et les 8 infirmiers qui avaient accompagné les prisonniers le 30 Août sont de retour d'Allemagne en passant par la Suisse. Les infirmiers seront démobilisés sauf Emile PEREB qui demande à être réaffecté dans une unité combattante après avoir été l'objet de moqueries par rapport à son poste de planqué à MANONVILLER. Il sera tué à BOIS LE PRETRE le 27 octobre 1914.

Mercredi 9 septembre 1914

Les Allemands sortent des caisses de farine du Fort et demandent aux ouvriers réquisitionnés de les apporter au villageois de MANONVILLER.

A partir du 10 septembre 1914

Les Allemands décrochent de Nancy. La bataille du Grand Couronné est finie pour eux. De nombreuses unités vont passer aux abords du Fort de MANONVILLER. En effet, dans la nuit du 11 au 12 septembre plusieurs éléments Allemands visiteront le Fort et ce, dans l'unique but d'une galvanisation des troupes. Des corps de soldats en uniforme Français ont même été repositionné
  

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